MITAD DEL MUNDO

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             "La ligne de l'équateur coupe la grosse pomme planétaire en deux parts égales. Si toutefois on peut parler d'égalité entre l'hémisphère Nord et l'hémisphère Sud. En posant mes pieds de part et d'autre de cette ligne imaginaire, je suis à l'intersection de deux mondes. De deux univers parallèles pourrait-on même dire, tant la vision de la vie et des préoccupations quotidiennes semblent éloignées. En courant après un bonheur illusoire qui lui échappe, l'homme des pays industrialisés du Nord au ventre malade d'être trop plein, oublie sa propre identité. Un jour viendra, où l'homme des pays en voie de développement du Sud au ventre malade d'être trop vide, mais riche des valeurs humaines qui le maintiennent en vie, viendra à sa rescousse pour lui permettre de revenir vers l'essentiel. L'échange se fera entre les deux frères. Je veux le croire. Il le faut pour la survie de l'espèce.

Trois journées me permettent de m'acclimater doucement à l'altitude. Je me contente de marcher dans les rues pavées du cœur historique du vieux Quito - vaste musée intégré lui aussi au patrimoine de l'humanité. Je sais que ma fabrique interne de globules rouges s'est mise en route. Du "gros rouge" qui tâche, mais qui emprisonnent les atomes d'oxygène dans leurs petits bras musclés pour les libérer en temps voulu. Mes globules rouges sont mes meilleurs alliés pour les prochains mois. Ce sont eux qui me permettent de me hisser aux sommets des cols. La grande altitude est une inconnue. A ce sujet, je n'ose guère faire de prévisions. Le kilomètrage journalier devra être revu à la baisse.

Au terme de ma première journée de route, quarante petits kimomètres de moins me séparent ce soir d'Ushuaia! Invisibles sur la carte d'Amérique du Sud que je déploie. Et pourtant, ils sont bien été parcourus, et durement encore. Sortir de Quito est une épreuve. Un bon test d'effort à 3100 mètres, en inhalant une quantité de gaz carbonique dont mes poumons déja en manque crucial d'oxygène se passeraient volontiers. Ces premiers kilomètres sont les prémices de cette dernière ligne droite au bout de laquelle est bâti mon rêve. Six mois de route environ selon mon adptation à l'altitude, ma faculté à lutter contre les vents et à gérer les imprévus."